Coopérer en microfinance et microassurance
avec le Sud
05 septembre 2012

Courrier du Ghana

ASUNTABA

La jeep a déjà quitté l’asphalte depuis un certain temps et nous nous dirigeons, dans le nuage de poussière rouge de route fortement dégradée, vers notre destination, un petit village dans le district de Bongo, pas loin de Bolgatanga. Un employé de la Rural Community Bank de Bongo, que nous avons visitée plus tôt ce jour-là, nous montre la route en moto, le moyen de locomotion par excellence au Ghana. La moto évite facilement les nids-de-poule, ce qui n’est pas le cas de la jeep … C’est donc plutôt secoués que nous atteignons notre destination.

Nous nous arrêtons près d’un imposant baobab, au pied duquel se trouve un petit tas de pierres qui, d’après notre chauffeur, fait office d’autel. Trois femmes nous attendent, à l’ombre du baobab. Notre visite est en effet annoncée et la rencontre aura lieu au pied de l’arbre, pour de nombreuses générations le lieu de tant de rencontres et aussi de décisions importantes. Une sorte de gong, en fait une pièce de charrue, est liée à l’arbre. Une des femmes a frappé avec une pierre sur le gong, afin d’appeler au rassemblement des autres membres du groupe encore aux champs ou à la maison. La corde reliant le gong à l’arbre s’est brisée par accident, blessant la dame au tibia, mais heureusement sans gravité. Les villageois apparaissent au compte-gouttes sous l’arbre, nous souhaitent la bienvenue et prennent place sur un des bancs installés entre-temps. Nous prenons place en face d’eux, sur des chaises en plastique.

Eric Akurugu, project manager de Northfin , nous présente comme étant les consultants de BRS chargés de l’encadrement de la microfinance et microassurance. Une des femmes, Akanlerege Stella Giba, prend la parole. Elle est enseignante à l’école toute proche. Elle parle d’Asuntaba, un groupe de 31 femmes et 2 hommes qui se sont rassemblés pour s’aider mutuellement. Asuntaba signifie d’ailleurs “rassemblons-nous” ou “nous pouvons nous aider les uns les autres”. Les personnes quelque peu familiarisées avec le milieu agricole ou avec le Boerenbond connaissent ‘Onderlinge Bedrijfshulp’, fondé dans les années ’60 et devenu entre-temps Agro|diensten (voir http://www.agrodiensten.be), service gratuit d’entraide entre agriculteurs. Les membres travaillent d’une manière semblable et s’entraident sur les champs, pour des travaux à la maison ou pour offrir des services à des tiers, bref partout où il faut unir ses forces. Le fonctionnement du groupe est régi par une “constitution”, un acte de fondation. Ils se réunissent toutes les deux semaines, le samedi. Le comité se compose d’un président, d’un secrétaire et d’un trésorier. La discussion est à présent lancée et d’autres femmes ont leur récit à nous narrer.

Leur coopération avec la Rural Community Bank remonte à 2009 ; ils y ont ouvert un compte et obtenu un crédit. C’est le groupe qui emprunte pour ses membres. Le groupe est ainsi responsable du respect du remboursement du crédit. La banque pose comme condition que 10% du montant à emprunter doit avoir été épargné au préalable. Le premier prêt s’élevait à 3 600 GHS (cédi ghanéen, 1 GHS = 0,41 EUR), avec une durée de six mois et des remboursements mensuels. Les membres ont reçu individuellement des montants variant de min. 40 GHS à max. 200 GHS. L’objectif du prêt était d’étendre leurs activités artisanales, entre autres en achetant de meilleures matières premières. De nombreuses femmes tressent des corbeilles et l’argent emprunté a servi à acheter des colorants leur permettant de rendre leurs produits bien plus attrayants.

La relation avec la banque est très bonne. Eric demande ce que la banque pourrait faire en plus pour les aider davantage ; la réponse est aussi rapide que simple : prêter davantage et faire débuter le remboursement après deux mois au lieu d’un. Dans les conditions actuelles, la banque de Bongo ne pourra toutefois accéder à cette demande. La Banque du Ghana a en effet interdit temporairement à la banque de Bongo d’accorder davantage de crédits ; elle doit d’abord se concentrer sur l’encaissement des retards de paiement.

Lorsque je leur demande s’ils sont familiarisés avec le concept “assurance”, la réponse est positive. Je leur rappelle ce qui s’est passé avec le gong et demande s’il ne serait pas utile d’avoir une assurance frais médicaux ou une assurance hospitalisation. Ils renvoient à l’assurance santé dont disposerait une grande partie de la population ghanéenne. Seule l’enseignante a souscrit une autre assurance : une assurance vie. Quelque peu gênés, les autres membres avouent ne pas disposer des moyens financiers pour souscrire une assurance, mais personne ne met leur utilité en doute. L’assurance prioritaire est la ‘Child Education Policy’, une assurance qui couvre les frais de scolarité des enfants en cas de décès (d’un) des parents. Une autre assurance qui peut être très utile est la ‘Crop Insurance’ qui intervient en cas de récolte ratée.

Le besoin en microassurance est donc grand. Il faut toutefois préciser que la microassurance n’est pas la solution miracle. La microassurance reste de l’assurance : il faut recevoir suffisamment de primes pour dédommager en cas de sinistre. La simplicité, le recours à des collaborateurs bon marché et le sponsoring peuvent réduire les coûts. La prévention et le contrôle social peuvent avoir un effet positif sur la prime technique. Mais, au bout du compte, quelqu’un doit payer une prime. There is no such thing as a free insurance.

La réunion se termine par des applaudissements, des chants et des danses. Assurés ou pas.